Retour terrain — Sun Trip 2026
De Laâyoune à Rabat, deux quadricycles solaires ont traversé le Maroc à la seule force des jambes et du soleil.
L'un d'eux embarquait, en exclusivité, une chaîne de traction que nous n'avions encore jamais poussée dans de telles conditions : la génératrice GENERA 900 et deux moteurs-roues réductés V-2000. Pas de chaîne, pas de dérailleur, pas de transmission mécanique. 200 km par jour dans le désert, 30 km/h de vent de face, des cols de l'Atlas à 2 600 m.
Jean Dard, designer et porteur du projet Supercycle, en est revenu avec un verdict. Le voici, sans filtre.
Le Sun Trip, le banc d'essai le plus exigeant du vélo solaire
Il existe peu d'épreuves capables de casser une motorisation en trois semaines. Le Sun Trip en fait partie.
Lancée à l'initiative de Florian Bailly, cette aventure solaire réunit chaque année une quinzaine d'équipages venus du monde entier, sur des véhicules qu'ils ont conçus, bricolés ou fait construire, avec une seule règle intangible : l'énergie vient du soleil et des jambes. Rien d'autre.
L'édition 2026 se courait au Maroc, de Laâyoune au sud jusqu'à Rabat au nord. Environ 1 800 km d'épreuve. Et pour l'équipage Supercycle — Jean Dard, Loïse Lyonnet, Morgan Faverjon et Fabien Ariano — il fallait y ajouter le convoyage depuis la France, à l'aller comme au retour : au total, près de 4 000 km parcourus dans des conditions allant de +40 °C à −1 °C, de la plaine à la haute montagne, vent de face comme vent portant.
Pour un motoriste, c'est le contraire d'une vitrine. C'est un banc d'endurance que nous n'aurions pas pu nous offrir.
On a eu l'honneur de tester en exclusivité une nouvelle chaîne de traction développée par Virvolt.
Jean DardLe Supercycle : un véhicule intermédiaire, deux configurations, une même route
Le Supercycle est un véhicule intermédiaire : ni tout à fait vélo, ni tout à fait voiture. Un quadricycle à pédalage, surmonté de panneaux solaires, dessiné par Jean Dard. Il n'a rien d'un objet de salon : la précédente aventure du projet a été une résidence itinérante de près de 5 000 km durant l'été 2024, financée par l'Ademe, qui a donné lieu à une exposition et à un court-métrage documentaire — exposition présentée à l'automne 2025 au Technocentre Renault.
Le détail qui rend ce test précieux, c'est que deux Supercycles ont pris le départ.
Le premier roulait avec la chaîne de traction que Jean utilise depuis des années : des moteurs-roues direct drive et une génératrice de première génération, celle avec laquelle il a accumulé environ 10 000 km.
Le second embarquait la nouvelle chaîne Virvolt : la GENERA 900 et deux V-2000 réductés.
Même route. Mêmes journées. Mêmes cols. Même vent. Deux architectures.
Vous voyez deux véhicules, l'un derrière l'autre, l'un avec une ancienne chaîne de traction que j'avais installée […]. On a fait environ 10 000 km avec cette première génératrice. Donc c'était très intéressant de comparer les différences.
Jean Dard
Supercycle solaire en convoi sur une route marocaine pendant le Sun Trip 2026. Crédit photo : Jean Dard.
La configuration testée
Ce que le désert a révélé sur la génératrice GENERA 900
Une chaîne de traction en série : le pédalage produit, il n'entraîne pas
C'est le principe qui déroute au premier abord, et celui qui change tout ensuite. Sur une chaîne de traction en série, les jambes ne sont pas reliées à la roue. Le cycliste pédale sur un pédalier générateur : son effort est converti en électricité, qui alimente le pack et les moteurs. Il n'y a plus de chaîne, plus de dérailleur, plus de tension à régler, plus de ligne de chaîne à respecter dans la conception du véhicule.
Pour un constructeur, cela supprime d'un coup toute une famille de contraintes mécaniques et de pièces d'usure. Pour l'utilisateur, cela supprime l'entretien de transmission — le poste de maintenance le plus fréquent sur un vélo cargo professionnel.
La GENERA 900 pèse 3 kg, embarque son contrôleur, ses capteurs de couple et de cadence, communique en Bus CAN, est protégée IP54 et se monte sur tous les standards de cadre. Elle est conforme à la norme EN 15194 et assemblée en France, à l'Usine à Vélos de Villeurbanne, autour d'un axe produit par Effigear. Elle repose sur l'architecture du moteur pédalier 900, validée sur plusieurs dizaines de milliers d'unités en circulation, et sur un logiciel développé depuis cinq ans par la société française Gene-Pi.

400 Wh produits en une seule journée de pédalage
C'est le chiffre du raid. Sur la deuxième journée de voyage, Fabien Ariano a produit jusqu'à 400 Wh au pédalage sur la génératrice.
Pour donner l'échelle : sur un véhicule de ce type, cela représente une part réellement significative de l'énergie consommée dans la journée — pas un complément symbolique.
On peut vraiment voir que ça ajoute une vraie part substantielle de l'énergie.
Jean DardLe pédalage : la vraie différence après 10 000 km sur la génération précédente
Sur une chaîne série, tout le confort tient à une chose : la manière dont la génératrice résiste sous le pied. Trop peu, le pédalage tourne dans le vide et devient désagréable. Mal dosée, elle donne cette sensation d'à-coups que les utilisateurs de génératrices connaissent bien.
C'est précisément le point sur lequel Jean avait le recul le plus utile, avec 10 000 km d'usage de la génération précédente derrière lui.
Cette nouvelle génératrice est notamment plus résistive et plus agréable, plus fluide, plus agréable à pédaler.
Jean DardTrois semaines de pédalage quotidien, c'est le seul protocole qui permet de valider ce genre d'affirmation. Aucun banc ne mesure l'agrément.
Le V-2000 face à l'Atlas : ce que change une architecture réductée
Le couple là où on en a réellement besoin
Un moteur-roue direct drive entraîne la roue sans réduction : une architecture simple, efficace à vitesse établie. Un moteur réducté interpose une réduction entre le moteur et la roue : à vitesse égale, le moteur tourne plus vite, ce qui lui permet de délivrer beaucoup plus de couple à la roue dans les tours bas. Concrètement : au démarrage, en charge, et dans les fortes pentes.
Le V-2000 One-Sided développe 90 Nm de couple pour 4,6 kg, et supporte une charge de 300 kg. C'est une architecture sans embrayage : moins de pièces mobiles, donc moins de pannes possibles.
Sur la route, la différence a été immédiate.
Il y a vraiment beaucoup plus de couple dès qu'on est sur les tranches de vitesse assez basses, entre 0 et 15 km/h. C'est là où on a une différence vraiment frappante sur le couple de ces moteurs. Et on peut facilement accélérer même dans les côtes.
Jean Dard
200 km par jour, 30 km/h de vent de face
Le sud marocain a fourni ce qu'aucun protocole de test ne sait reproduire : des étapes de 200 km avec un vent contraire de 30 km/h quasiment permanent. Le pire cas thermique pour une motorisation — une demande de puissance élevée, continue, sans répit.
Les moteurs ont vraiment performé comme on pouvait l'attendre, de manière vraiment fiable.
Jean DardVitesse moyenne du convoi sur l'épreuve : 27 km/h.
Les cols de l'Atlas, et la marge thermique
Puis la montagne : des cols à 2 600 m d'altitude, et des rampes soutenues à 10-12 % sur 6 à 10 km. Sur un quadricycle chargé de quatre voyageurs, de leur matériel et de leurs panneaux, c'est un exercice qui ne pardonne rien.
Pour ce raid, les deux moteurs ont été paramétrés spécifiquement pour ce type de véhicule intermédiaire, à environ 1 300-1 350 W par moteur, soit une crête maximale observée de 2 800 W sur l'ensemble du véhicule.
Précision importante : cette puissance de crête est appelée par le cycliste, de façon transitoire, et ne modifie pas la puissance nominale continue du moteur. Elle correspond à un réglage propre à ce véhicule, distinct de la configuration catalogue du V-2000 — 250 W nominaux, 1 200 W de crête — conforme à la norme EN 15194.
Le résultat, c'est de la marge :
À cette puissance, on a quand même un peu de marge avant que ça chauffe. Donc on arrive très bien à passer des cols, même très pentus.
Jean Dard
Le freinage régénératif : la fonction rare
C'est la caractéristique qui a le plus surpris les autres équipages. Le V-2000 intègre un freinage régénératif : en descente et à la décélération, le moteur devient générateur et renvoie de l'énergie dans la batterie. Sur un parcours de haute montagne, chaque descente de col redevient une recharge.
Trouver cette fonction sur un moteur réducté est peu courant sur le marché — et c'est exactement ce que cherchent les concepteurs de véhicules lourds.
Ils ont la particularité d'être des moteurs réductés qu'on puisse monter sur ce quadricycle et ils font la régénération. Ça, ça a pas mal surpris nos autres amis Sun Trippers, qui souvent cherchent ce type de moteur.
Jean DardLe point que nous travaillons déjà : le bruit
Un seul reproche est ressorti de ces 1 800 km, et il est mécanique : une architecture réductée fait, par nature, un peu plus de bruit d'engrenage qu'un direct drive. Jean l'a relevé comme le seul bémol de la chaîne.
Le sujet est ouvert chez nous, et une évolution est en cours sur ce point précis.
Nous préférons le dire que le taire : c'est aussi ce genre de retour qui justifie d'emmener une motorisation déjà éprouvée dans des conditions plus dures encore, plutôt que de s'en tenir au banc d'essai.
Ce que ce raid signifie pour un constructeur
Si vous concevez un vélo cargo, un longtail, un véhicule de cyclologistique ou un véhicule intermédiaire, voici la lecture utile de ces 1 800 km.
Une fiabilité démontrée hors laboratoire
Désert, altitude, vent contraire, amplitude thermique de +40 °C à −1 °C, environ 4 000 km cumulés en trois semaines. Un cycle de validation accéléré, documenté par un utilisateur extérieur à Virvolt.
Une maintenance structurellement réduite
Sans transmission mécanique, il n'y a ni chaîne à remplacer, ni dérailleur à régler. Sur une flotte professionnelle, c'est un poste d'immobilisation qui disparaît.
Une liberté de conception
Plus de ligne de chaîne à respecter : l'implantation du poste de pédalage et celle des roues motrices deviennent indépendantes. Sur un véhicule à quatre roues, à plancher bas ou à caisson de charge, cela ouvre des architectures autrement impossibles.
Un système, pas un catalogue de pièces
GENERA 900 et V-2000 communiquent en Bus CAN, protocole industriel standard. Vous intégrez une chaîne cohérente, pas un assemblage de composants à faire dialoguer.
Une conformité et une production maîtrisées
Conformité EN 15194 en configuration catalogue, assemblage en France, partenaires industriels français comme Effigear pour l'axe. Le V-2000 est rayonné en France depuis 2025, avec un assemblage français prévu pour fin 2026.
Une base déjà déployée
La GENERA 900 équipe aujourd'hui plus de 300 véhicules. Virvolt compte plus de 20 000 systèmes en service, 15+ marques équipées et 400+ partenaires en Europe.
La chaîne de traction GENERA 900 + V-2000 est commercialisée et disponible sur demande pour les constructeurs.
Les chiffres du raid
Ce qu'il reste à écrire
L'équipage documente son voyage par la photo, le dessin, l'écriture et le son. Les productions du Sun Trip 2026 seront réunies sur supercycle.bike et présentées lors d'événements dans des institutions partenaires.
De notre côté, nous retenons ceci : une motorisation ne se prouve pas sur une fiche technique. Elle se prouve quand quelqu'un d'autre que vous l'emmène à 2 600 m d'altitude avec deux personnes à bord, et revient en disant qu'elle a tenu.
Je suis très fier que ça ait pu être sur un de mes véhicules pendant le Sun Trip, un vrai test grandeur nature.
Jean DardMerci à Jean, Loïse, Morgan et Fabien.

Crédit photo : Jean Dard.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une génératrice de vélo, et comment rouler sans chaîne ?
Une génératrice — ou pédalier générateur — convertit l'effort du cycliste en électricité au lieu de le transmettre mécaniquement à la roue. L'énergie produite alimente la batterie et les moteurs-roues, qui assurent seuls la propulsion. On parle de chaîne de traction « en série ». Il n'y a donc ni chaîne, ni dérailleur, ni courroie.
Quelle différence entre un moteur réducté et un moteur direct drive ?
Un direct drive entraîne la roue sans réduction : il est simple, silencieux, et efficace à vitesse établie. Un moteur réducté interpose une réduction, ce qui lui permet de délivrer beaucoup plus de couple à basse vitesse — au démarrage, en charge et dans les fortes pentes. En contrepartie, l'engrenage génère un peu plus de bruit. Le V-2000 est un moteur réducté : 90 Nm pour 4,6 kg.
La génératrice recharge-t-elle la batterie ?
Oui. L'énergie produite au pédalage alimente le système et vient s'ajouter aux autres sources d'énergie disponibles. Sur le Sun Trip 2026, jusqu'à 400 Wh ont été produits au pédalage sur une seule journée.
Le freinage régénératif est-il assuré par la génératrice ou par les moteurs ?
Par les moteurs. Le V-2000 intègre un freinage régénératif : en descente et à la décélération, il renvoie de l'énergie dans la batterie. La GENERA 900, elle, produit l'énergie au pédalage.
La chaîne de traction est-elle conforme à la réglementation VAE ?
Dans sa configuration catalogue, oui : le V-2000 est conforme à la norme EN 15194, avec une puissance nominale de 250 W. Les puissances de crête évoquées dans cet article correspondent à un paramétrage spécifique réalisé pour un véhicule intermédiaire dans le cadre de ce raid, et sont appelées de façon transitoire par le cycliste.
La GENERA 900 et le V-2000 sont-ils disponibles ?
Oui. La GENERA 900 équipe déjà plus de 300 véhicules, et la chaîne de traction complète est commercialisée et disponible sur demande auprès des constructeurs.
Pour aller plus loin :
Page produit GENERA 900 Page produit V-2000 Article de lancement de la GENERA 900 Contact OEM



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